Une semaine dans la vie de Karlheinz Schreiber

Il y a quatre jours, Karlheinz Schreiber entrait dans la salle d’audience promettant « sept scandales dans un ». À la fin de la semaine, il quittait la barre des témoins vacillant, épuisé par un interrogatoire rigoureux, discrédité en tant que témoin sérieux, sa réputation compromise. Sa principale allégation dans son témoigne fait sous serment, selon laquelle il avait conclu une entente avec M. Mulroney alors que ce dernier était encore premier ministre et dans le cadre de laquelle le premier ministre devait exercer des pressions au pays, s’est avérée dénudée de tout fondement. Il y avait tellement de contradictions, d’exagérations et d’énoncés choquants, qu’il a fallu les organiser selon le sujet.

Quelques faits saillants de la semaine :

Au sujet de dire la vérité

  • « Karlheinz Schreiber dit avoir volontairement menti dans une lettre adressée à Brian Mulroney en 2006 dans l’espoir que l’ancien chef exercerait des pressions auprès du premier ministre Stephen Harper pour alléger les craintes d’extradition de l’homme d’affaires germano-canadien. » (Service de presse CanWest, le 17 avril 2009)
  • « Lorsque nous signons une lettre, nous apposons notre signature pour attester que nous avons dit la vérité. N’est-ce pas la raison pour laquelle nous signons une lettre? » a demandé l’avocat principal de la commission Me Richard Wolson à M. Schreiber au cours de la troisième journée d’interrogatoire. « Non » a répliqué M. Schreiber. (cbc.ca, le 16 avril 2009)
  • « [Schreiber] a répondu à l’avocat de la commission, Me Richard Wolson, qu’il aurait dit « beaucoup de choses » pour obtenir ce qu’il voulait. » (CP, le 16 avril 2009)

Au sujet de l’exactitude du témoignage fait sous serment

  • « Après que Me Wolson ait passé en revue avec M. Schreiber six rencontres qu’il avait eu avec M. Mulroney pendant que celui-ci était premier ministre, dont une rencontre à la résidence du premier ministre de Harrington Lake en juin 1993, l’avocat a cité le témoignage de M. Schreiber de 2004 [Eurocopter] selon lequel l’homme d’affaires n’aurait rencontré M. Mulroney qu’une seule fois lorsque ce dernier était premier ministre.

    « Pourquoi n’avez-vous pas dit aux procureurs que vous vous étiez rencontrés à Harrington Lake? Vous aviez conclu une entente avec M. Mulroney pour faire affaires avec lui dans l’avenir : Pourquoi n’avez-vous pas fait cela, Monsieur? »

    M. Schreiber a répondu : « Je suis un peu surpris. Il n’y avait aucune raison de ne pas le lui dire. »

    Me Wolson a sursauté : « Je vais vous suggérer que vous ne vouliez pas dire au procureur que vous aviez des relations d’affaires avec Brian Mulroney, que vous aviez des photos prises avec lui et que vous l’aviez rencontré à toutes les occasions que nous avons mentionnées plus tôt, vous ne vouliez pas cela. C’est la raison qui explique pourquoi vous avez limité les preuves comme vous l’avez fait. » (CP, le 15 avril 2009)

  • GUY PRATTE : « L’entente avec M. Mulroney pour obtenir son aide dans le cadre du projet Bear Head a été conclue après que celui-ci ait démissionné du poste de premier ministre. »

    KARLHEINZ SCHREIBER: « Définitivement, l’entente a été conclue à Mirabel. » (CBC, le 16 avril 2009)

  • Voici ce que M. Schreiber alléguait dans son affidavit du 7 novembre 2007, document sur lequel repose sa poursuite contre M. Mulroney. Prière de remarquer que l’on ne mentionne nulle part que les deux hommes « avait convenu de s’entendre » :

    « 15. À la demande de M. Mulroney, M. Doucet a organisé une rencontre entre moi et M. Mulroney qui a eu lui le 23 juin 1993 à Harrington Lake, la résidence d’été officielle du premier ministre (« la rencontre de Harrington Lake »). C’est au cours de cette rencontre que M. Mulroney et moi avons conclu l’entente. Le 23 juin 1993, M. Mulroney était toujours premier ministre du Canada et, par conséquent, résidait au 24 de la promenade Sussex à Ottawa (Ontario).

    16. Une des dispositions de l’entente à laquelle M. Mulroney a donné son consentement le 23 juin 1993 était que celui-ci rendrait certains services en mon nom. M. Mulroney a promis d’appuyer mes efforts en vue d’obtenir l’approbation pour l’établissement d’une installation de fabrication de véhicules blindés légers par la société Bear Head Industries Limited, et nous avons discuté que si les choses se compliquaient en Nouvelle-Écosse, M. Mulroney aiderait au transfert d’une partie du projet au Québec (le « projet Bear Head du Québec »).

  • « Cet affidavit, tel que nous l’avons examiné dans les détails, est cousu d’exagérations et d’inexactitudes ainsi que de faux énoncés, » Me Pratte a demandé à M. Schreiber. « N’est-ce pas vrai? »

    « Et bien, c’est ce que vous dit, » a répondu M. Schreiber

    « Non, c’est ce que vous avez convenu avec moi au cours de deux dernières journées, » a dit Me Pratte.

    « Et bien, il y a des points qui ne sont pas justes, j’en conviens avec vous, » a dit M. Schreiber. (cbc.ca, le 17 avril 2009)

  • Attendu que Karlheinz Schreiber a formulé diverses allégations au sujet de ses transactions financières et commerciales avec le très honorable Brian Mulroney, c.p., notamment dans une déclaration sous serment faite le 7 novembre 2007 et à l’égard d’une entente qu’ils auraient conclue le 23 juin 1993; (mandat de l’enquête)

    M. Schreiber « n’avait pas vérifié » l’affidavit qui avait déclenché les événements qui ont mené à l’enquête. Il semble mettre le blâme sur son avocat à l’époque, Edward Greenspan.

    « …[Schreiber] explique que lorsque l’affidavit a été rédigé, il se trouvait dans un centre de détention, ce qui signifie que l’affidavit a été rédigé par son avocat et qu’il « ne l’a pas vérifié » pour s’assurer qu’il était exact. » (Macleans.ca, le 16 avril 2009)

Au sujet du mobile

  • « Karlheinz Schreiber a admis hier qu’il n’avait jamais informé le gouvernement qu’il aurait pu toucher jusqu’à 1,8 milliard de dollars en commission si le projet qu’il appuyait visant à construire des véhicules blindés légers au Canada avait été mis sur pied. » (Toronto Sun, le 17 avril 2009)

Au sujet de l’amitié

  • À l’instar de « son Altesse Royale le prince de Charles, de Bill Clinton, de Tony Blair, d’Arnold Schwarzenegger, de Jamie Oliver, » M. Schreiber soutient qu’il était un bon ami de l’ancien premier ministre du Québec, Robert Bourassa ». (National Post, le 17 avril 2009)
  • « Simplement pour m’assurer, j’ai téléphoné à John Parisella, chef de cabinet de M. Bourassa de 1989 à 1994, qui consultait tous les jours le calendrier de travail du premier ministre et contrôlait l’accès au premier ministre à ses bureaux de Montréal et de Québec. « Je n’avais jamais entendu parler de M. Schreiber à l’époque et je ne l’ai jamais rencontré, » a dit M. Parisella. « En autant que je sache, M. Bourassa ne l’a jamais rencontré. » (National Post, le 17 avril 2009)

Au sujet des pressions politiques exercées sur le gouvernement fédéral:

  • « [Mulroney] ne pouvait rien faire au niveau fédéral. Nous n’en avions pas besoin, » a dit M. Schreiber. (Globe and Mail, le 15 avril 2007)

En fait, M. Schreiber a vite fait de rejeter sa déclaration selon laquelle il aurait embauché M. Mulroney pour exercer des pressions sur le gouvernement fédéral, insistant plutôt pour dire qu’il l’avait embauché pour exercer des pressions sur le gouvernement provincial du Québec et l’Hôtel de ville de Montréal.

Déclaration de Robin Sears, porte-parole de M. Mulroney

Ottawa (Ontario) – Le porte-parole de M. Mulroney a fait les observations suivantes à la suite du témoignage surprenant de KarlHeinz Schreiber devant la commission d’enquête Oliphant aujourd’hui :

« La question centrale portant sur la confiance du public en cause dans cette enquête découlait de l’assertion de Karlheinz Schreiber, contenue dans son affidavit de novembre 2007, selon laquelle M. Schreiber et M. Mulroney avaient conclu une entente au lac Harrington alors que ce dernier était encore premier ministre en 1993.

Aujourd’hui, M. Schreiber a admis que cela était faux et que l’entente avait été conclue à Mirabel le 27 août 1993, deux mois après que M. Mulroney ait quitté le poste de premier ministre.

M. Schreiber a détruit dans son témoigne fait sous serment aujourd’hui, la prémisse de base sur laquelle reposaient ses accusations contre M. Mulroney. »

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