Robin Sears au sujet des discussions informelles entre dirigeants et chefs d’état
13/05/09 à 03:05:15Robin Sears au sujet des discussions informelles entre dirigeants et chefs d’état
Pendant quatre ans en qualité d’aide du chancelier allemand Willy Brandt dans son rôle de président de l’Internationale socialiste, puis pendant quatre autres années en qualité d’agent diplomatique des missions commerciales en Asie pour le compte du gouvernement de l’Ontario, j’ai assisté à des douzaines de réunions entre des chefs de gouvernement d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord.
Il y a deux types de réunion : les réunions formelles qui se déroulent autour d’une table et qui réunissent des douzaines de ministres, leurs aides, des interprètes et des preneurs de notes et le type plus utile, soit les entretiens particuliers entre deux dirigeants où chacun peut être accompagné d’un aide ou d’un interprète.
Dans un contexte formel, des conférenciers prononcent des discours déjà rédigés, quelqu’un est responsable de la prise de notes et de la rédaction du procès-verbal et les positions officielles sont réitérées. Le rituel est important pour le public mais très peu de décisions y sont prises et aucune négociation véritable n’a lieu.
Toutefois, ce sont pendant les discussions informelles privées qui ont lieu habituellement en prenant un verre ou un repas, que les véritables affaires sont transigées. Les idées sont mises à l’épreuve sans que les parties craignent d’être mis dans l’embarras et forcer à prendre un engagement. Les bureaucrates ont ces discussions en horreur bien que celles-ci soient essentielles pour proposer ou faire passer une nouvelle idée ou faire accepter une idée qui présente certaines difficultés.
En Asie, ces discussions privées entre dirigeants consistent souvent en plusieurs réunions et mises à l’essai préliminaire avant que les deux chefs ne discutent des enjeux plus difficiles ou plus cruciaux. En France et en Europe de l’Est, plusieurs toasts, des anecdotes qui semblent peu pertinents et le positionnement social précèdent des « pourparlers difficiles ». Dans le monde anglo-saxon, les préliminaires sont encore plus brefs et le style est très informel, même brusque parfois.
J’ai observé plusieurs dirigeants, dont M. Mulroney, quitter une réunion formelle pour aller prendre une « marche » avec leurs hôtes chinois dans le jardin entourant le pavillon des visiteurs à l’extérieur de Beijing. J’ai observé Willy Brandt, lors d’une rencontre avec M. Gorbachov, se retirer discrètement dans un coin d’une large salle au Kremlin et ensuite dans son bureau particulier pour discuter de questions délicates.
Il est bien connu que Gorbachev et Reagan ont renvoyé leurs aides et se sont rencontrés seuls à Reykjavík, suscitant la consternation chez leurs représentants officiels.
Par conséquent, lorsque M. Mulroney parle de réunions auxquelles les ambassadeurs disent ne pas avoir assisté, pour lesquelles il n’existe pas de procès-verbal et qui ne sont inscrites dans aucun agenda, il fait tout simplement allusion à une expérience avec laquelle n’importe qui à ce niveau est très familier. Ceux qui soutiennent que ces « réunions informelles » discrètes sont inhabituelles, illicites ou suspectes montrent tout simplement leur ignorance de cette pratique courante de diplomatie de haut niveau.
